(Avertissement : je n'ai pas trouver le cedille, ni les accents)
Tout commence par des trucks sur la panamericaine, grande route qui traverse toute l'Amerique du Sud. On part plein sud pour l'Illiniza, un sommet a 5 100, tout ca sur un coup de tëte : on a vu une super photo dans une agence de treks. Les trois agences consultees nous assurent que c'est un truc facile, on peut le faire en une journee de 7 heures de randos plus transport, ou en deux jours de 4 heures avec nuit a 4 600m. On opte prudemment pour la deuxieme solution car on ne veut pas presager de nos forces.A 11h du matin alors qu'on a mange des oeufs, des toasts, du bacon deux heures plus tot, on se retrouve avec une soupe de montagne avec morceaux de patates, des legumes (carottes , haricots verts, choux fleurs) et du poulet avec du riz. Puis c'est le chemin defonce en 4x4 qui nous fait quitter les champs et les elevages, la civilisation pour le monde du paramo cette vegetation de lande. Plus d'hommes ici.C'est le domaine de la perdrix et du renard, du faucon et des moineaux, des lapins que l'on voit detaler.
L'ascencion commence dans une petite foret buissonante, a l'abri du vent. Nous avons des sacs de 10 a 13 kg et nous sommes deja a 4 000. Les efforts coutent cher, ne serait-ce que de deverrouiller mon baton de marche pour l'allonger. Gustavo notre guide, nous donne notre rythme de fourmis. (On marche plus doucement que toi doudou !!!)C'est tres dur.Nous avancons peniblement. La vue du Cotopaxi nous soulage, cone de neige incongru et parfait dans le vert.On commence a se demander dans quelle aventure on s'est embarques...Beaucoup de pauses pour boire, pour prevenir le mal des montagnes.Dans les instants durs, je pense a ceux que j'aime, a une savane ou bondit ma gazelle et c'est le coeur plus leger que j'avance pas a pas.Je pense aussi a Seb et Carine qui on fait le Spitzberg et a ceux que je sais aimer la montagne.J'avais deja beaucoup de respect pour les montagnards et les alpinistes, j'apprends l'admiration au fur et a mesure de mes pas de bebe. Ce n'est qu'un denivele de 600m pour le refuge. Combien d'autres sont alles beaucoup plus haut avec des kilos de materiel en plus ?? Le vent souffle par grosses rafales sur ce gros ebouli nu que l'on commence a grimper.Les nuages s'agitent sur le sommet. J'apprends aussi la valeur de l'altitude. Vu d'en bas ce n'est qu'une montagne. Quand on commence a monter c'est la montagne.J'avais peu idee de la difference entre un 4000, un 5000 et un 6000.Maintenant je sais que c'est par tranches de 100 m qu'il faut compter. 600 m de denivele en 3 heures : une vitesse de chameau recalcitrant... Vincent a encore plus de mal que moi.
Enfin ! Le refuge ! Bien jaune dans le marron et le blanc.
Il y fait tres froid. Confort tres sommaire, avec le gaz tout de meme, on se fait vite des chocolats mais sans enlever les polaires et les gore tex. Meme le passe montagne on hesite et je coiffe mon super bonnet ridicule . Il est fait pour ca !
Vue superbe sur la mer de nuage bloquee par les montagnes, le Corazon en face, l'Antesana, le Cotacachi...Certaines vitres sont cassees et il y a de la mousse a l'interieur du refuge. Simple calcul : - 0.7 degre C tous les 100m cela fait 32.2 c de moins que sur la cote a 4 600 soit -2 au mieux...
On mange bien (soupe, pates), on boit beaucoup et on se couche a la nuit vers 19 h. La nuit va etre tres dure...Les duvets tiennent bien chaud mais j'ai froid aux pieds, je quitte une paire de chaussette et j'entoure mes pieds de mon bonnet de laine de lama, je place ma gore tex sous mes pieds : ca marche. tres vite je dois m'extraire de tout ce b.... pour aller uriner, c'est la troisieme fois depuis le depart ! A chaque fois ca dure des plombes , on elimine enormement.Je devrais encore me relever ...ca ne m'arrive jamais d'ordinaire.Il a fallu calefeutre les fenestrons avec des matelas. Une fois couche, mon coeur s'emballe. C'est la digestion couplee a l'altitude : je fais du 120 a 130 au repos a regarder le plafond pendant deux heures. J'ai un peu peur mais je me connais, ce n'est pas tres grave.Vincent se reveille dans la nuit avec du mal a respirer. Nous avons mal a la tete, pas de doute c'est le debut du soroche, le mal des montagnes et il n'est que minuit...Assis il respire mieux, le mal de tete est leger...Gustavo se met a chasser une souris pendant une heure a coup de balai !!! A la frontale !Au matin Vincent ne va guere mieux,je n'ai pas faim (autre signe) et un 5 100 nous attend...il est plus prudent de redscendre. Gustavo s'occupe de tout, nous trainons comme des larves.Montagne, une fois encore tu nous apprends l'humilite, a nous les humains presomptueux et peupleurs : c'est bien. Il a gele sur la partie interieure des vitres du refuge. C'est tres joli, comme des dessins de plumes. Je sors. Il y a deux perdrix qui picorent. Comment font elles celles la pour survivre ? Nous il nous faut un refuge, un duvet, des vetements, elles n'ont que leurs plumes.Je me force a faire quelques pas jusqu'au col. Le sol est totalement gele. Au loin une gangue de nuages et posee sur tout la forme conique du Cotopaxi. Petit matin solitaire. un vent tres violent et glace me surprend au col et je dois marcher a reculons pour respirer. On est a moins 10 moins 15.
Apres un chocolat on redescend. 200 m plus bas les symptomes disparaissent. Il n'y a rien a regretter, je ne suis jamais alle si haut et le guide nous propóse le Guagua Pinchincha en remplacement, qui est tout de meme a 4 781 soit 26m de moins que le mont blanc !!
Apres quelques heures de voiture, on attaque le guagua depuis le refuge a 4550m . Sans les sacs, ni le soroche, c'est presque de la promenade ! Nous n'aurions jamais du dormir au refuge : il fallait faire l'Illiniza d'une traite. Peu importe, nous sommes sur le cratere et apres une priere, Gustavo nous congratule pour notre sommet atteint en une heure. Simplement, tranquilement, il connait la montagne et son respect. Il me nomme tous les sommets du coin , au moins 20 !Me montre les fumeroles et l'odeur du soufre.
Voila. Quoiqu'il arrive , on a vecu un truc hors du commun avec le Cotopaxi en levitation.Merci la vie.