3 jours rythmés : Quilotoa, Chimborazo, Narine du Diable
Vendredi, 6 octobre : Lagune Quilotoa
Au matin, on part de la ville de Latacunga ou on a soigné notre petite grippe. Immediatement ce sont les Andes qui nous attendent, les Andes de la moyenne montagne et des paysans aux travaux des champs (blé, oignons, ail, patates). Les lamas broutent paisiblement sous l'oeil endormi de leur pâtre indigéne vetu de couleurs chatoyantes, rouge en tête. Le vent est violent au sommet des cols. La lagune quilotoa est un immense lac de cratere ;turqoise ou bleue selon l'humeur des nuages. On decide d'en prendre pour 4 heures et de faire le tour par un sentier escarpé qui semble pas mechant. Regle 1 : toujours se mefier de ce qui semble pas méchant. Regle 2 : y aller quand même.Nous sommes a 4 200 pour le point le plus haut et c'est pas facile de grimper a cette altitude (y'a des choses qu'on arrive pas a se mettre dans le crâne !!).Ça grimpe hors d'haleine, ça descend frais comme un gardon, ça monte pitoyable, ça descend en courant, ça monte trouille au bide, ça descend extase plein les dents : on s'est trompë de pays, ce sont des montagnes russes .Bref, une pente a 45 degres d'un coté, une a 70/80 de l'autre et le vertige au milieu du paramo avec le vent qui vous rabat du mauvais cotë....Au moins 300m d'a pic. C'est chouette mais quoi qu'on en dise, je suis pas un aventurier...Enfin j'ai ma crise mystique et je sors le carnet de notes.Poeme decousu a la clef.Un souffle, une ligne, trois pas, une inspiration, un verige, deux vers, une expiration, un souffle et l'esprit des lieux qui bat fort.
Samedi 7 octobre :
On file tôt de Latacunga pour Riobamba.On s'installe, on rencontre des Suisses et des Allemands, on partage deux taxis et hop ! A 10 heures en route vers la plus haute montagne du pays : 6 300 m ,sans aucune intention de monter au sommet car c'est plein de glace, de froid, de morts et d'altitude. Le taxi nous laisse au premier refuge dans un paysage lunaire de sable et de cailloux. Des steles nous attendent pour rappeler que la montagne n'est pas un jeu. 200 m de dénivelé plus tard , le deuxieme refuge nous tend les bras a 5 000 m ! Yes Yes Yes !!! Monsieur Manchito cette fois y'a plus rien a dire ! Bon, d'accord, le taxi nous a laisse a l'altitude du mont blanc... Mais c'est mon premier 5 000. Seul hic, il y a plein de nuages au sommet.Un rescapé nous parle de son expedition en 1961 : il est resté bloqué 7 jours au sommet...Sans tente, sans duvet.Un gars est mort de froid, un japonais a eu les doigts de pieds gelés et coupés. Lui s'en est tiré.La vache d'experience mythique.
Ici, on dit que les gens qui ont les cheveux blancs sont les fils du Chimbo.
Ça se decouvre quand on descend. Sur la route on zoom sur des vigognes. Personne ne m'a encore expliqué la diference entre lama, vigogne et alpaca. A part la qualite de la laine, ils sont plus que cousins : fréres et soeurs.
Les rues de Riobamba sont pleines de filles : incroyable ! A peine un mec pour 10 nanas. Mais ou etes vous les gars ?
Dimanche 8 octobre Riobamba, Alausi, Cuenca.
Embarquement a 6 heures sur le toit du train de marchandise. Chacun son cousin.La marchandise, c'est le touriste!On le charge en troupoeau compact. A 7 heures, on decolle pour traverser des contrées paysannes. Cette ligne ne fonctionne que trois jours par semaine et nous permet d'avancer de 104 km en 6 heures. Loco diesel. Il existe une loco a vapeur qui fonctionne mais n'est plus utilisée sauf...aujourd'hui car des Anglais l'on louée 45 000 dollars pour...4 jours.( c'est mon budget de 4 ans de voyage...) On la croisera a Alausi. Tous les gens au bord des voies nous saluent. J'aime beaucoup ce coté reciproque ou on ne sait plus qui regarde qui et qui est l'attraction du coin. Les gamins ont vite compris que les étrangers balancent des sucettes a la volée et courent le long des voies.
A Alausi, la voie plonge dans des vallées vertigineuses et copieuses.Manoeuvres delicates, il faut parfois avancer a reculons, changer la loco de place pour arriver a la narine du diable (el nariz del diablo)une imposante montagne.En fond de vallée, on fait demi tour avec notre train de boat people dans une ville fantòme. Tous ces gens sur les toits lui donne une allure de train de refugiés !
A Alausi, on embarque en bus pour Cuenca, 5 heures et deux navets plus loin.
Bilan des operations : j'ai peine a croire ce que j'ai fait en 3 jours...Ce pays est foutuement incroyable !Vous croyez que le meilleur est derriere vous et le meilleur vous attend.Je ne m'attendais a rien de si enivrant en venant ici. Il y a même des distributeurs automatiques et de l'eau chaude ! (5 jours consecutifs :admirable !): Les gens sont paisibles et attentifs.Les paysages tellement magnifiques que j'ai l'impression d'ètre au ciné toute le journée.Bref : que du bonheur !Du brut de decoffrage, du pur. Un peu comme un gros shoot d'adrenaline en surf, un peu comme un ride d'anthologie sur LA vague.Un peu comme un voyage qui me remplit l'âme.Bienvenus au pays du rêve.Fermez les yeux et YAH ! Surfez sur le soir...
Amis lecteurs, bonsoir.